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11.04.2008 15:47
Diffusion en direct des corridas de Séville

La "Feria de Abril" de Séville, si bien évoquée dans la chronique écrite par Francis Marmande dans "Le Monde" du 10 avril dernier, a pris fin ce dimanche ...
Nous rappelons que c'est en collaboration avec le café-restaurant "Liberté-El Prado" que Culturaficion a pu organiser et mettre en place cette diffusion en direct des corridas.
Nous nous permettons de reproduire, ci-après, l'article de Francis Marmande
paru dans l'édition du 10.04.08 du quotidien "Le Monde" :
La feria d'avril à Séville, la plus exubérante, la plus élégante, la moins avinée, a pris son envol le lundi 7 avril jusqu'au dimanche 13 avril. Son premier lundi est très attendu. En un éclair, les 120 000 ampoules du portique de la ville de toile, qui ne vit qu'une semaine, s'embrasent. Ages, classes sociales, plus rien n'a d'importance, puisque tout compte. Une semaine qui vaut une vie. Un soir, on n'y est plus.
Séville incarne tous les charmes et les secrets du Sud. Une ville chrétienne, juive, arabe, païenne, capricieuse, écervelée, consciente de soi, belle à pleurer, avec des rues qui s'appellent rue de la Vie, rue de l'Eau, Amor-de-Dios, rue de l'Iris... Pendant sept jours, nuit et jour s'inversent.
Tandis que, sous la ville de toile, on coupe le jambon le plus fondant, tandis qu'on y danse avec une grâce confondante, tous les jours à la Maestranza, 18 h 30, commence la corrida. Vingt mille pratiquants en cravates et robes flamencas. Tenues de plage et tongs à éviter, por favor. Un bonheur n'arrivant jamais seul, José Maria Manzanares triomphe devant le dernier toro du lundi d'alumbrado. Joie, pleurs de joie, le ciel sur lui se déchire d'un coup, cédant dans un déluge à cet excès d'excès qui électrisait l'air depuis la veille.
Jusqu'à ce lundi, la feria des toros se traînait. Les formidables toros de Victorino Martin la raniment (3 avril). Une corrida de luxe (Juli, Manzanares déjà et Perera, le 5 avril) consacre sa convalescence. Puis elle s'éclaire, stroboscopiquement, de trois détails du génial Morante. Pas de quoi, pour les fanatiques du génie, dégainer leurs théorèmes prétentieux.
Mais Morante revient mercredi (9 avril). Il est possible alors que les délires mathématiques de ses sectateurs ne suffisent même plus. Tout est possible. Des petites filles sachant à peine marcher aux abuelas (les grands-mères) anciennes, ce ne sont par les rues que robes à volants, couleurs vives et pois. Olé, y olé, y olé !
Tout cela, cette ivresse, ces nuits câlines, l'ultime république de la joie de vivre dans l'Europe morose de ses prohibitions, pour dire quoi ? Pour dire qu'en plus on ne s'y trouve pas ! Mais non, mais non : on bat le pavé parisien contre "la xénophobie d'Etat qui tue" (samedi 5 avril, justement). Slogan un peu raide, sans doute ; or, dans la nuit, Baba Traoré coursé par de braves gens qui croyaient qu'ils avaient affaire à un Nègre coureur se jette dans la Marne. A Joinville-le-Pont (pon-pon !), valse amusante. Baba n'ira plus guincher "chez Gégè-è-ne". Baba Troaré était venu en France à la demande de l'hôpital Necker pour donner un rein à sa soeur. En échange, il s'était retrouvé bénéficiaire d'un ordre de reconduction à la frontière. Voilà ce qu'on appelle "un sans-papiers".
Et sinon ? Sinon, à chacun sa feria, on suit la flamme olympique qui prend le 72 sans titre de transport. A chacun ses taureaux, on se fait du mouron pour l'université et pour Le Monde. Puis on emboîte le pas des lycéens qui bataillent contre les très sélectives suppressions de postes : nettement plus en Seine-Saint-Denis que dans le 7e arrondissement de Paris.
Et, à 18 heures, on noue une cravate sobre, on descend d'un pas lent au Liberté-Prado (55, boulevard Voltaire, à Paris, 11e). Quatre écrans y diffusent la corrida de Séville. On mange des tapas en buvant du vin pur. On rugit à voix basse un "olé !" quand il faut, dans le compas. Et, comme de juste, pour de sombres histoires de boulot, on rate les "victorinos", la corrida de luxe, plus Morante et Manzanares. Ce sont choses de taureaux (cosas de toros). Même à Voltaire.
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