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© photo : Joséphine Douet

 14.02.2010 14:09

A la rencontre de Joséphine Douet

Séduit par la réalisation de son dernier ouvrage, "Peajes", nous avons souhaité aller à la rencontre de Joséphine Douet pour connaître ses motivations, en tant que photographe... et aficionada ! (voir entrevue de notre ami Benjamin).






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ENTREVUE AVEC JOSEPHINE DOUET


à propos de "PEAJES"










Benjamin Hertz :

Joséphine tu es photographe et aficionada de longue date. Pourtant, Peajes n’est ni un livre de photos de corridas à proprement parler, ni un reportage photographique. Qu’est-ce qui t’a donc attirée en tant que photographe dans l’univers tauromachique ?

Joséphine Douet :

Le fait que c’était une aventure évidemment et obligatoirement intime. Je travaille beaucoup sur l’intime. Ce qui est secret, préservé, réservé, interdit au public, m’intéresse. Cela m’intéressait d’autant plus que j’aime les toros, mais faire des photos « de toros » n’avait aucun intérêt pour moi, ajouté au fait qu’il y a en la matière des gens qui font cela divinement bien. Par contre le chemin émotionnel que font ces hommes chaque jour lui m’intéressait. Donner à voir les changements de physionomie, de visages, de corps, la façon dont ça bouge à l’intérieur et les rapports qu’ils entretiennent entre eux, était pour moi nettement plus captivant. Je savais que cela allait être un sujet très fort de ce point de vue, et le fait d’être une femme ajoutait une tension supplémentaire, une barrière de plus à faire tomber, ce qui me correspond bien comme défi. Parce que c’était ce torero, parce que nous étions amis. Je savais qu’avec lui, il y avait suffisamment de confiance, d’intimité justement.

B.H. :

Le voyage, la tauromachie, deux univers hautement initiatiques qui, s’ils se nourrissent de l’intimité des hommes, tendent vers le récit épique.

J.D. :

Oui surtout si tu considères qu’à la fin je me suis aperçue que Manzanares était presque un prétexte à quelque chose de plus universel. "Peajes" n’est pas un livre à la gloire de José Mari. J’ai essayé d’éviter ce qui pouvait être hagiographique. J’ai supprimé des dizaines de photos où il était simplement « trop beau »…

B.H. :

Il en reste cependant…

J.D. :

Je n’y peux rien s’il est un très beau garçon ! Et c’est tellement facile d’en faire une belle image de papier glacé. Pour autant, il fallait absolument que cela ait du sens. C’est pourquoi la cuadrilla est également traitée de la même manière dans le livre.

B.H. :

L’intimité de la cuadrilla justement n’a t’elle pas été modifiée par ta présence ? As-tu senti cela ? Etait-ce un problème pour le travail ?

J.D. :

Non et c’est une chance : en même temps que moi, au démarrage du plus intense de la saison qu’est le mois d’août, Luis Blázquez le 3e banderillero venait d’intégrer la cuadrilla de Manzanares. Il y a eu une sorte de flottement qui n’était pas dû qu’à ma présence. De plus, lorsque je travaille, je ne parle pas. J’étais par exemple dans le fond de la camionnette, sans bouger ni rien dire, sauf bien sûr lorsque quelqu’un me posait une question : le silence pour se concentrer et regarder. Au départ on ne se connaissait pas et cela s’est passé très simplement. Jusqu’au matin de mon arrivée, ils ne savaient pas que j’allais venir. C’est José Mari qui, le premier soir à Santander, au moment du dîner après la course, leur a annoncé : « Voici Joséphine, elle reste avec nous, traitez-là comme un mec de plus dans la cuadrilla ». Et cela a été réglé. Il n’a du coup pas été question par exemple de porter mon sac… J’ai eu droit aux blagues habituelles. Bref j’ai été bizutée tout naturellement. C’était parfait car je ne voulais pas de traitement de faveur, ni de « c’est qui cette nénette ? »

B.H. :

Est-ce que pour autant, dans "Peajes", la photographe que tu es n’est pas amenée à «toréer» les toreros dans le fait de traquer leurs émotions par exemple ?

J.D. :

Pas du tout, à part peut-être dans l’attente. Comme une disposition de l’esprit qui fait que tu anticipes tout, sans avidité pour autant. Tu sais ce qui va se passer ensuite, tu sens par avance le moment où il faudra prendre la photo.

B.H. :

C’est donc bien le type de vision que peut avoir le torero dans la brega…

J.D. :

Presque, mais le torero fusionne avec son toro dans le meilleur des cas. A un moment il y a cette sorte de transe qui les mène vers quelque chose de vraiment intime, entremêlé, là où je garde moi beaucoup de distance. Hors du rapport de force. Ce qui fait que mes photos sont parfois un peu froides. J’ai un œil davantage nordique.

Mes références en tant que photographe et en tant qu’artiste sont les Dreyer, Hammershoi, Bergman, Tarkovski… Composition et espace, pas de premiers plans tapageurs. Je déteste le style « in yer face »… D’où également l’utilisation du noir et blanc principalement, pour éviter le folklore et se concentrer d’abord sur les photos.

B.H. :

Je pense justement à cette photo, pour moi emblématique, où tu apparais dans le reflet d’un miroir. Photo très spontanée et pour autant très construite, de l’accolade du maestro à l’un de ses très bons amis. Nul voyeurisme ou ostentation mais une véritable émotion qui transparaît

J.D. :

Eh bien justement, on ne voit pratiquement pas de visages, tout est dans la force des bras. J’aurais pu me déplacer par exemple pour avoir le visage de cet ami en entier. Je n’avais qu’un pas à faire mais ça ne m’intéressait pas. C’est au départ une série de trois dont j’ai finalement extraite celle-ci car elle était la mieux composée. J’ai hésité à me « photoshoper », à m’enlever de la photo, mais comme je n’ai rien retravaillé dans ce sens, je ne l’ai pas fait non plus pour celle-ci. C’est vrai qu’elle résume vraiment ce voyage. D’ailleurs la personne qui est sur cette photo est devenue un très bon ami. Ce sont tous des gens que j’aime vraiment énormément. Il y a entre nous une sorte de fraternité. A force d’être ensemble sur la route, de ne pas dormir, de se raconter des conneries, de se faire des blagues à longueur de journées….

B.H. :

Ce que l’on aperçoit d’ailleurs à la fin du livre, en forme de résumé photographique…

J.D. :

Des gens m’ont conseillé de les mettre à l’intérieur du livre. Mais je ne voulais pas dénaturer le projet. Ce voyage était quelque chose de sérieux, et le livre donne sa part au rêve. Il laisse respirer le lecteur. C’est pourquoi je n’ai finalement intégré que quelques une de ces photos et à la toute fin. Car tout de même, il y a vraiment eu des moments où l’on s’est marré comme des bossus ! Chacun était là à faire ce qu’il aime le plus au monde. Eux ils toréaient, moi je faisais des photos. On était comme larrons en foire, c’était génial.

B.H. :

Pas de reportage donc, mais une histoire forte avec une forme de narration, celle d’une journée type de ce voyage…

J.D. :

J’ai bien été obligée à un moment de faire un scénario afin d’organiser tout cela. Afin aussi d’éviter l’ennui que représenterait la répétition creuse du type Santander, puis Malaga, puis… Inintéressant.

B.H. :

Quelles furent les réactions des principaux intéressés à la sortie du livre ?

J.D. :

Unanimes, ils ont adoré ! Ils sont rentrés d’Amérique autour du 7 décembre. Au préalable je leur avais envoyé le livre à tous chez eux. Au bout d’une heure et demie, le téléphone sonne. C’était l’un des picadors qui me dit : « Joséphine, j’ai le bouquin entre les mains, et c’est incroyable ». Ils sont pratiquement tous venus à la présentation madrilène, j’étais ravie. La réaction de José Mari ce soir-là, très simple, fut également très intense. Et c’est vrai qu’ensemble, dans le travail, nous avons « una connectión especial », on ne ressent pas le besoin de se parler. En dehors on ne se voit pas souvent. Nous sommes assez timides l’un et l’autre mais ce sont toujours des moments privilégiés. C’est une très belle amitié professionnelle.

B.H. :

As-tu d’autres projets de ce type dans le monde de la tauromachie ?

J.D. :

Non, je change complètement de sujet. La tauromachie est un sujet trop fort. J’ai vraiment besoin maintenant de faire deux pas en arrière, de redevenir une aficionada « de más » sans ce qu’il y a autour des corridas et qui est très intense aussi. Je n’ai plus envie de cela, c’est fini. J’ai simplement envie de revoir mon copain José Mari pour aller aux toros tranquillement, puis faire la fête après, sans implication supplémentaire. Je fonctionne par cycles de deux ans. J’ai trois projets en tête en ce moment, dont un pour lequel il va être très difficile d’arriver à quelque chose. C’est dans six moi et je pars de rien. Un projet très intime, complètement dépouillé, presque monacal. Sans doute à nouveau au 50 mm, plus simple, plus rigoureux. Je ne pourrai en dire davantage tant que le projet ne sera pas réalisé. Il s’agit toujours de choses que l’on n’est pas habitué à voir.



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Entrevue réalisée par Benjamin Hertz
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Voir :

Article précédent : Le regard intimiste de Joséphine Douet

Site de Joséphine Douet : www.josephinedouet.com

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L'ouvrage de Joséphine Douet " Peajes"
est disponible sur le site de la FNAC

à l'adresse suivante : http://livre.fnac.com






 
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