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03.04.2006 11:06
Les gens du nord ont dans le coeur ... les toros qu'ils n'ont pas dehors !
Lors de cette première fin de semana du Printemps – tout un symbole! -, une douzaine d’adhérents a été accueillie par l’éleveur Pierre-Marie Meynadier, à Raphèle-les-Arles ...
Le samedi fut l’occasion d’une grande répétition générale de toreo de salon, au grand air de la Crau, avant de découvrir les toros Pierre-Marie Meynadier de très près notamment le lot, sérieux, de novillos prévus pour Fenouillet et les erales (animaux de 2 ans) qui combattront pour la Feria pascale (NDLR: ce lot fit forte impression pour son comportement en piste).
Pour la majorité des participants, il s’agissait du premier contact avec un élevage de taureaux de combat et leur émerveillement était palpable…Que dire, alors, de la séance de marquage qui suivit - en présence, pour l’UCTL, du vétérinaire Villalon, neveu du célèbre critique taurin du même nom – où chacun put observer les opérations de tout près et même y participer concrètement.
Alegria !
Le dîner et la soirée furent plus calmes même si la tension (et l’excitation !) étaient réelles car, demain, ils allaient « se mettre devant » et pour la majorité, ce serait la première confrontation, autrement dit, le « Baptême des Cornes ».
Miedo !
Dimanche matin, un premier signe : le soleil, comme au jour d’Austerlitz, est triomphant. Somme toute, un temps inhabituel pour ces modestes grognards du Toreo. Dans la très jolie placita du mas de Bellombre, les « practicos en herbe » refont, une dernière fois, leurs gammes tout en s’inquiétant soudainement sur des questions techniques superflues mais qui deviennent tout à coup urgentes. Ce qui n‘empêche nullement rires et plaisanteries de fuser comme pour évacuer un stress bien légitime. Pour ce baptême, en plus de leur professeur habituel, des toreros professionnels sont présents : Le maestro Stéphane Meca, un jeune retraité heureux, qui n’hésitera pas à mettre la main à la cape et David Romero, le banderillero arlésien, qui fut comme à son habitude particulièrement actif et généreux dans ses conseils et encouragements. Enfin, c’est au jeune matador nîmois, Julien Miletto, que revient l’honneur de travailler les deux vaches de Blohorn prévues ce jour.
Durant le travail de Julien Miletto, nos amis, depuis leur abri, ne quittent pas la vache des yeux cherchant à analyser au mieux le comportement de l’animal en prévision de la suite. C’est à ce premier exemplaire de Blohorn que Philippe S. sort « de troisième ». Pour lui, il s’agit de la deuxième confrontation. Ce quadra, ancien de « Sciences Po » et créateur d’entreprises, cultive, avec un vrai talent, Aficion et…discrétion. Il suit, depuis plusieurs années et très régulièrement les cours de toreo. Et c’est l’an dernier, après s’être mentalisé, qu’il franchit le cap, ici même, à Bellombe avec une belle série de derechazos malgré un mistral terrible ce jour-là. La « bicha » est, cette fois, plus compliquée mais Philippe ne se démonte pas, insiste courageusement et parvient à faire passer la bête. De toute façon, il est protégé par le regard amoureux, à la fois inquiet et admiratif d’Anne-Laurence, son épouse qui lui fit découvrir la Fiesta Brava. Amor !
A la seconde vache, la tension est palpable dans le « toreril » et nos trois catéchumènes « passent la peur ». Un mot d’encouragement , une tape sur l’épaule, une plaisanterie permettent de de respirer et de vaincre les dernières réticences bien légitimes: « j’y vais, j’y vais pas…».
C’est alors le tour de Pierre. Cet originaire de Franche-Comté, ancien de Normale Sup’, a finalement opté professionnellement pour sa passion du théâtre et de la chanson au détriment d’un statut plus confortable : déjà un choix de torero ! Ainsi « Pedrito de Paris », foule , à son tour, le sable et sa peur pour donner des passes valeureuses. En se montrant, lui aussi, étonnamment calme et déterminé. Lui qui possède un joli toreo de salon, réalise humblement l’écart entre le parquet de la salle d’entraînement et le sable. Mais il est bien décidé à recommencer pour réduire cette distance : Determinacion !
Philippe C. avait déjà pu effectuer, l’an dernier, quelques passes de cape al alimon en compagnie du novillero nîmois Camille Juan comme une manière de graduer l’approche. Ce natif de Strasbourg est également comédien mais sa formation littéraire en fait également un rédacteur recherché. Cette fois, c’est bien la muleta qu’ « El nino de… Strasbourg » tient fermement dans la main, en s’avançant d’un pas décidé vers cette seconde vache qui ne manque pas de tempérament. Plusieurs passes bien « aguantées », un flegme inouï et quelques recours singuliers : Personalidad !
Enfin, Guillaume, originaire du Sud-Ouest, qui s’est nourri au sein de l’Aficion depuis plus de 30 ans complète ce cartel inédit. Il est le plus ancien aficionado des practicos de ce jour. Des années qu’il attend et rêve de cette rencontre, des mois et des mois qu’il y travaille concrètement en peaufinant son toreo avec l’enthousiasme et l’exigence d’un novillero. « El Guigui » se montre décidé et enchaîne de jolies passes où la recherche du respect des canons est permanente jusqu’à une spectaculaire voltereta qui, loin de le désarçonner, semble décupler son envie : Gana !
Mais, la vache a rejoint le toril comme le rideau d’une scène qui retombe. Nos 4 valeureux sont encore sous le coup d’une émotion énorme soutenue mais adoucie par les mots de félicitations des professionnels et des amis de l’association. Et c’est, sans nul doute, dans un état second qu’ils participent au repas champêtre, agrémenté de musique flamenca, réunissant tous les participants de cette matinée torera. Emocion !
Unanimement, nos toreritos parlent déjà d’y retourner… Dans ce but, ils vont, toujours au nord de la Loire, travailler et re-travailler leur technique avec, désormais à l’esprit, le fruit de ces premières expériences. Ainsi, c’est déjà certain, les practicos de Culturaficion et leurs amis reviendront l’an prochain chez Pierre Marie Meynadier. Cet éleveur, débordant de passion et de générosité, leur réserve toujours le meilleur accueil car il sait intimement que ces « nordistes » partagent avec lui, une même folie : l’Aficion !
*: L’association CULTURAFICION organise également des stages en Province à la demande.
NDLR : L’équipe de l’émission de France 3 Midi-Pyrénées, « Face au Toril », a également effectué, à l’occasion de ce week-end, un joli reportage sur ces « baptêmes des cornes » organisés par CULTURAFICION.
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